Hommage à ma maman,
Je redoutais tellement que ce moment arrive et nous y sommes. Je te prie de m’excuser mais je
n’aurais pas le courage de le lire moi-même, aussi je remercie Arlette qui a accepté de le faire à
ma place.
Maman, tu as toujours été mon modèle, ma boussole, un exemple à suivre. Je t’admire tant.
Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi.
MERCI pour m’avoir inculquée les bonnes valeurs : honnêteté, laïcité, intégrité, justice, courage,
travail, générosité, bienveillance, partage, respect des autres, empathie, combativité pour les
causes justes et enfin implication vers les plus démunis.
MERCI de m’avoir bien éduquée en étant une des mes premières enseignantes, bien que cela n’a
pas toujours été facile de t’appeler « Madame », et que tu étais encore plus exigeante avec moi
de peur que l’on pense que tu m’aurais favorisé.
MERCI d’avoir pris le risque de me faire opérer d’un strabisme à 5 ans, alors que ce n’était, à
l’époque pas une opération facile.
MERCI de m’avoir donné le goût à lecture, même si tu me disais souvent quand j’étais petite
« éteint cette lumière, tu ne vas pas savoir te lever demain matin ».
MERCI de t’être battue pour moi en recherchant pourquoi j’étais si mauvaise en orthographe, (on
ne connaissait pas encore les troubles « dys ») alors que j’étais une bonne élève et après le
diagnostic, m’avoir accompagné pendant 5 ans toutes les semaines voir l’orthophoniste pour
soigner ma dyslexie.
Quand le malheur nous a frappé en février 1981 avec le décès de Dominique, MERCI de n’avoir
pas exercer de « chantage affectif » et m’avoir permis de continuer mes voyages au bout du
monde, de faire de la plongée sous marine, de tester plein de nouvelles choses en sachant que
tout cela te faisait peur pour moi.
MERCI de m’avoir encouragée à partir faire mes études à Lille, puis à Paris pour ma carrière
professionnelle, alors que tu savais que l’on ne pourrait plus se voir aussi souvent.
MERCI de m’avoir donné le sens du dévouement avec la famille car tu t’es occupée jusqu’au bout
de ta maman, alors qu’elle ne nous reconnaissait plus et d’accompagner papa jusqu’à sa fin de
vie, mort d’une longue maladie dont on ne veut pas dire le nom.
MERCI d’avoir accueilli Joseph mon compagnon comme tu l’as fait et de l’avoir aimé comme un
fils.
MERCI d’avoir compris pourquoi tu n’aurais jamais de petits-enfants car je t’avais vu tant souffrir
à la mort de Dominique que je ne voulais pas prendre le risque de vivre cela.
Quand la vie s’est de nouveau acharnée contre toi en te laissant aphasique après ton AVC en
2006, MERCI de m’avoir montré que l’on pouvait toujours se battre, que l’on pouvait réapprendre
à lire, à écrire et à compter, le comble pour une institutrice ! Et même se mettre à avoir une
activité physique (toi qui avait horreur du sport) en faisant ta marche quotidienne et en
m’envoyant par sms le nombre de pas que tu avais fait dans la journée.
MERCI d’avoir appris à utiliser les nouvelles technologies, même si je devais souvent te
réexpliquer comment faire puisque l’on pouvait s’appelait par WhatsApp vidéo presque tous les
jours, car cela nous faisait du bien de se voir.
Ces derniers temps, quand cela devenait un peu plus difficile de vivre seule dans ta grande
maison et que tu commençais à oublier... que tes capacités cognitives diminuaient, MERCI
d’avoir pris la décision de rejoindre la Maison Communautaire Desandrouin car tu savais que cela
allait aussi me rassurer tant je me faisais du souci pour toi.
Ces derniers mois, dans cette maison communautaire, tu avais retrouvé un équilibre, tu étais plus
sereine car en sécurité. Là aussi, tu avais imprimé ta marque de fabrique en aidant le personnel
(notamment en regroupant les assiettes en fin de repas), volontaire tu participas aux ateliers de
travaux manuels, cela te rappelait ce que tu avais fait avec tes élèves et même ouverte au
changement tu avais accepté de te faire des manucures en te mettant « du rouge » à tes ongles,
ce que tu n’avais jamais fait de ta vie.
Je souhaite remercier toutes les personnes qui l’on suivit ces dernières années, le personnel de la
maison communautaire pour leur bienveillance, l’association la maison Bonheur, son
orthophoniste qu’elle voyait 3 fois par semaine, ses infirmiers, son médecin, sa pédicure, son
coiffeur, la dame qui lui lavait son linge, ses amies fidèles et le peu de famille proche qui lui restait.
Maman, tu es partie trop vite, je pensais que nous allions avoir ensemble encore de nombreuses
années à partager, des anniversaires à fêter...
Maintenant je me console car tu es peut être partie au bon moment, je savais que tu redoutais
d’être comme « mémé » et de finir par tout oublier. Je me raccroche à la dernière parole que tu
m’as dite la vielle « Ne t’inquiète pas, tout va bien, tout va bien ! »
Je t’aime